Jacques Perconte
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  31 janvier 2021  
Perconte, Jacques, ici.
Films infinis
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« Dans ses « films infinis » qui subissent l’érosion algorithmique toute la durée de leur exposition, quand bien même les séquences aléatoirement montées par le programme se déroulent rationnellement, des débris de plans restent parfois plusieurs jours à la surface de l’image. Davantage calé sur le rythme de la nature que sur celui d’une séance humaine de cinéma, le film bâtit son propre espace-temps. Confrontés à l’impossibilité d’en contempler le début, le milieu puis la fin, nous nous retrouvons alors englobés dans sa propre durée – sa propre existence. » Fleur Chevalier, Jacques Perconte / Robert Cahen, l’« inspect » du monde sensible



Comment le film se fabrique lors de sa diffusion ? Quel processus est mis en œuvre pour pousser la technologie à générer des images nouvelles d’une nature déjà enregistrée ? 

Cette œuvre est animée par un programme que je recompose et affine à chaque nouvelle pièce. Il ne sert pas à agir sur les images ni à les transformer. Il génère le scénario du film. Ce sont les évènements du paysage filmé qui viennent agir sur la réalité technique de la vidéo. C’est de cette relation que nait la plasticité.

La matière première est un ensemble d’images filmées. Il est composé de rushes vidéo sélectionnés, préparés et « montés » les uns à la suite des autres par simple collage informatique (concaténation) des fichiers. 

Sélection et préparation sont les deux étapes les plus importantes du travail. Elles sont interdépendantes. 

La sélection consiste à choisir intuitivement parmi les images les passages selon l’énergie sujet-mouvement-lumière qui les caractérise.

La préparation de la vidéo repose sur des paramétrages particuliers de formats de compression et des manipulations de l’infrastructure technique des fichiers vidéo. C’est comme quand en cuisine, on prend une recette, et qu’en la suivant on change presque tout dans les proportions, que l’on inverse des phases tout en conservant les ingrédients. 

Le fichier vidéo à partir de là n’est plus une suite d’images séparées les unes des autres qui animées restituent le mouvement. Dans ce processus, les images telles que nous les connaissons disparaissent. Elles ne sont plus des descriptions complètes de ce qu’elles doivent transporter. Chaque image est majoritairement réduite à une suite d’informations qui renseigne la transformation entre l’image qui la précède dans le flux vidéo et l’image actuelle (en fonction d’une autre image qui tient pour lieu de référence). 

La préparation appelle régulièrement un affinage de la sélection. Tout le potentiel des images préparées vient de ce qu’elles sont : le sujet pris décrit par les choix de prise de vue. Cette pièce travaille à partir de 409 min d’images.

Pour la diffusion de l’œuvre, un programme va fabriquer un film à partir de cette matière première. Pour assurer la progression, le programme génère un montage à la volée. Des passages sont piochés selon des règles qui jouent avec l’aléatoire informatique. Ces tirages au sort explorent l’ensemble possible des combinaisons de montage. Au début, un point de départ est choisi quelque part dans la durée totale de la vidéo, une durée est établie pour le premier plan à afficher. Le passage est lu et affiché. Puis avant qu’il ne se soit totalement déroulé, sont calculés un autre point de départ et une autre durée pour ce qui sera le plan suivant. Cela sera, ainsi de suite le processus à l’œuvre, jusqu’à ce que chaque image de la vidéo ait été choisi. Ensuite, tout recommence dans un ordre différent. Il est question d’essayer toutes les combinaisons possibles de montage à l’image près avec ce matériel vidéo. 

Il y a une particularité : dans le fichier vidéo fabriqué qui sert de matière première, chaque image est une actualisation informatique de la précédente. Il en résulte, dans la diffusion, qu’au montage de nouvelles images à un nouveau point, les formes et les couleurs qui arrivent, ne surgissent pas par une coupe comme habituellement on les trouve dans un chargement de plan « en cut » (ni en fondu, etc…). Elles n’apparaissent pas délimitées spatialement et temporellement dans un nouveau espace-temps. Elles naissent de ce qui était déjà présent et affiché. Le nouveau plan est une actualisation de l’ancien en termes de textures et de couleurs. Il s’opère une mise à jour plus ou moins progressive sous la forme d’une fusion entre les images du passé et celles d’un présent. Ainsi le film est un flux en constante modulation. Les séquences montées transportent un certain temps hors de leurs temporalités originelles, formes et couleurs créant toutes en textures des visions éphémères qui peut-être ne se reproduiront jamais. Constamment alimenté en images par le programme, le film se monte à l’infini.


Les films infinis : http://www.jacquesperconte.com/#filter=.generative


Un grand Merci à Violaine Boutet de Monvel et à Vincent Sorrel pour leur si précieuse aide. 


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