Jacques Perconte
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  5 novembre 2015  
Jacobs, Bidhan, Débordements.
Comment élever l’amour sur internet ?
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À propos d’I Love You

Le texte présente I Love You comme une œuvre centrale dans le parcours de Jacques Perconte, à la fois pièce de net-art, expérience visuelle et récit amoureux. Conçue et mise en ligne en 2004, puis restaurée en 2015, elle prolonge une recherche engagée dès les années 1990 sur les images numériques, leurs transformations et les réseaux qui les rendent visibles. Le texte y voit une œuvre décisive parce qu’elle relie trois dimensions : l’histoire des technologies du web, l’invention d’une matière plastique à partir des outils numériques et l’inscription du vivant — ici, le corps aimé et les sentiments de l’artiste — dans le fonctionnement même d’un programme.

De l’image numérique au corps aimé

L’œuvre naît de la rencontre de deux projets. En 2003, Perconte envisage un livre à partir de ses photographies numériques de corps, qu’il rephotographie après leur affichage sur différents écrans. La même année, il rencontre Isabelle Silvagnoli, qui devient sa compagne et son modèle. Le texte décrit la fusion de ces deux histoires : l’exploration des possibilités de l’image numérique et l’expérience amoureuse.

Cette recherche s’inscrit dans la continuité des premiers travaux de Perconte sur les « corps numériques » et sur le web. Dès ses premiers sites et films, il s’intéresse à l’image comme signal codé, soumis aux formats, aux écrans, aux connexions et aux logiciels qui la font apparaître. Les lenteurs, les pertes de données et les erreurs de chargement, qui pouvaient déformer les images ou les rendre abstraites, deviennent pour lui des phénomènes à explorer. Le texte souligne que l’artiste ne considère pas ces accidents comme de simples défauts : ils révèlent la matérialité et l’instabilité du numérique.

« mettre les technologies numériques à l’épreuve du corps »

Le programme comme déclaration d’amour

Pour I Love You, Perconte sélectionne une centaine d’images parmi des milliers de photographies. Il les organise dans une base de données et crée un programme qui transforme leur code lorsqu’un internaute clique sur une image. Le programme calcule une valeur à partir de paramètres liés à la connexion — notamment l’adresse IP, le serveur, la date et l’heure — ainsi que de constantes mathématiques comme π et le nombre d’or. Il remplace ensuite certaines valeurs hexadécimales du fichier par les mots « I Love You ».

L’image affichée est alors altérée par cette substitution : les couleurs, les formes et les motifs se recomposent, parfois jusqu’à devenir abstraits ou impossibles à afficher. Dans l’interprétation proposée par le texte, cette transformation donne une forme concrète à l’impossibilité de représenter pleinement l’amour. Plus le code est modifié par la phrase, plus l’image peut s’éloigner de son motif initial ; l’amour ne vient donc pas illustrer les photographies, il agit à l’intérieur même de leur structure numérique.

Le texte nomme ce dispositif un « loveware » : un programme qui inscrit littéralement l’amour dans le code. L’icône brisée qui apparaît parfois est interprétée comme le signe d’une limite de visualisation atteinte, débordée par un excès de sens et d’émotion.

Une œuvre alimentée par ses visiteurs et par le temps

L’œuvre ne reste pas fixe après sa mise en ligne. En 2005, Perconte ajoute une collection qui conserve les occurrences de « I Love You » générées par les consultations. Un compteur traduit leur accumulation en volume de données. Les visiteurs participent ainsi au développement de l’œuvre sans nécessairement savoir que leurs clics modifient le code et alimentent son archive. Le récit amoureux se construit au fil des consultations et du temps.

Le texte insiste sur cette relation entre la croissance de l’œuvre et celle de la relation amoureuse de l’artiste. Le site évolue pendant les onze années de vie commune avec Isabelle : Perconte renouvelle les images, adapte le programme et en présente aussi des prolongements sous forme d’exposition et de tirages. L’œuvre est ainsi décrite comme un organisme lié à son milieu : elle dépend des connexions, des navigateurs, des serveurs et de leurs transformations.

Restaurer l’œuvre, transformer le programme

En 2015, l’évolution du web fragilise l’affichage du site. Revenir aux anciens serveurs n’étant pas possible, Perconte et Garam Choi réécrivent le programme en JavaScript, afin qu’il soit exécuté par le navigateur plutôt que par le serveur, tout en conservant la base de données en ligne. Cette restauration ne consiste donc pas à figer l’œuvre dans son état d’origine : elle adapte son fonctionnement aux conditions techniques nouvelles.

Les différences entre navigateurs deviennent alors visibles et prennent une portée politique dans le texte. Firefox permet le fonctionnement de l’œuvre, tandis que Safari bloque l’affichage des images et que Chrome le perturbe. L’auteur relie ce contraste à des conceptions différentes du web : espace ouvert, modulable et partagé d’un côté ; environnement plus contrôlé de l’autre. La restauration apparaît ainsi comme une nouvelle étape de l’œuvre, mais aussi comme une manière de défendre l’autonomie des utilisateurs et la liberté du réseau.

Du net-art au cinéma

Le texte établit enfin un lien direct entre I Love You et les films de Perconte. Les expérimentations menées sur le web — recodage, compression, transformation de la visualisation — nourrissent son travail cinématographique. L’auteur cite notamment Oops I Dit it Again, isz, Antoine et Léonard et Árvore da Vida comme des œuvres où le programme, la détection ou le traitement des couleurs modifient la manière dont les images se construisent.

La thèse générale est que I Love You ne constitue pas une parenthèse intime dans son œuvre. La pièce condense des préoccupations esthétiques et techniques qui traversent aussi ses films : comment un modèle devient image, comment un outil peut être détourné de son usage prévu, et comment les conditions de visualisation produisent de nouvelles formes. Le texte voit dans cette œuvre une rencontre entre récit amoureux, expérimentation numérique et conception collective d’Internet.

Extraits

« Plus le calcul devait faire avec moins, plus il quantifiait sa liberté. »

« loveware »

Ce résumé restitue l’interprétation développée dans le texte : il présente I Love You comme une œuvre où l’amour, le code, l’image et le réseau agissent les uns sur les autres.



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